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Égypte : un christianisme antique

Qui sont les coptes ?

L’immense majorité des chrétiens d’Égypte sont coptes- orthodoxes. Ils appartiennent à une très ancienne Église, qui aurait été fondée en 43 par l’évangéliste saint Marc, et qui s’est séparée des autres Églises chrétiennes depuis le concile de Chalcédoine en 451. Le mot « copte » est la contraction d’un mot arabe qui signifie « égyptien ». La langue copte est toujours utilisée dans la liturgie de ces chrétiens. L’écriture copte, composée de caractères similaires au grec ancien, a d’ailleurs aidé Jean-François Champollion à mieux comprendre le fonctionnement des hiéroglyphes.

En 641-642, lorsque l’Égypte est islamisée, les coptes deviennent des « dhimmis » : ils n’ont pas le droit de porter des armes et doivent s’acquitter d’un impôt spécial (la « djizia »), en échange d’une protection et d’une liberté de culte limitée. Au fil du temps, leurs conditions de vie se dégradent, ils seront persécutés au XIe siècle. Leur situation s’améliore au XIXe siècle, lorsque le Pacha Méhémet Ali (1769-1849), considéré comme le fondateur de l’Égypte moderne, favorise l’émancipation de ces chrétiens. L’occupation britannique (1882-1952) favorise les alliances entre chrétiens et musulmans. Les coptes participent d’ailleurs activement à la fondation du parti nationaliste Wafd en 1919. Entre 1924 et 1930 on compte des ministres et des députés chrétiens, mais en 1952, lorsque Nasser prend le pouvoir, les coptes sont de nouveau éloignés de la vie publique. Depuis les années 1970, des groupes islamistes s’en prennent à cette minorité. En 2011, beaucoup de coptes participent à la révolution égyptienne et à la destitution du président Hosni Moubarak après un attentat dans une église d’Alexandrie dans la nuit du 31 décembre 2010 au 1er janvier 2011. Le pape copte- orthodoxe de l’époque, Chenouda III, leur déconseille fortement de participer à ces manifestations. En 2013, lorsque le seul président élu démocratiquement, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, est évincé du pouvoir par l’armée, les islamistes radicaux s’en prennent de nouveau aux coptes. Les chrétiens deviennent la cible privilégiée d’attaques et d’attentats revendiqués par Daech, notamment dans le désert du Sinaï, à l’est du pays.

Les 28 et 29 avril 2017, lors d’une visite officielle placée sous le signe de la paix entre les communautés, le pape catholique François a rencontré l’actuel pape copte-orthodoxe, Tawadros II, ainsi qu’Ahmed el-Tayeb, le grand imam d’Al- Azhar, l’institution musulmane la plus prestigieuse du pays.

Le rapport annuel de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), fait le point sur la situation de la minorité copte. Des critères comme le droit de croire ou de ne pas croire, d’exprimer publiquement ses convictions, de pratiquer son culte et de pouvoir se rassembler sont passés en revue. Si l’Égypte quitte la liste des pays les plus préoccupants*, dans laquelle elle figurait depuis 2011, la Commission pointe que « ses scores en matière de droits de l’Homme sont exécrables ». Parmi les progrès observés, beaucoup concernent la minorité chrétienne : le chef de l’État, le maréchal Al-Sissi condamne systématiquement les attaques de Daech contre les chrétiens coptes, les auteurs des attaques sont plus souvent traduits en justice, le pays compte moins de procès de chrétiens pour blasphème, une cinquantaine d’églises détruites par les extrémistes depuis 2013 sont en train d’être rénovées, un quota de 36 sièges est réservé aux chrétiens au Parlement. Ces mesures sont considérées comme cosmétiques par des organismes de défense des droits de l’Homme qui pointent le fait que les discriminations qui touchent les chrétiens restent fortes. Cette minorité est exclue de certains postes dans l’administration, dans l’armée ou à l’université. La religion figure toujours sur la carte d’identité des Egyptiens, malgré des tentatives de supprimer cette mention. Si la Constitution égyptienne garantit la liberté de culte, elle fait de l’islam la religion d’État et la base principale du droit.

Le rapport de l’USCIRF indique que l’Égypte compte aussi 2% de chrétiens appartenant à d’autres églises (catholique, protestante, maronite, arménienne, grecque, syrienne et anglicane), 2 000 Baha’is (religion monothéiste fondée en Perse en 1844), 1 500 Témoins de Jéhovah et quelques juifs.


*Parmi les pays qui figurent sur sa « liste noire » de la Commission, 10 le sont de façon récurrente : la Birmanie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, l’Érythrée, l’Arabie saoudite, le Soudan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Elle suggère d’y ajouter six nouveaux pays, où la situation était déjà jugée « préoccupante » en 2016 : la Centrafrique, le Nigeria, le Pakistan, la Russie, la Syrie et le Vietnam. Viennent ensuite les pays qui sont l’objet d’une attention particulière : l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan, le Bahraïn, Cuba, l’Égypte, l’Inde, l’Indonésie, l’Irak, le Kazakhstan, le Laos, la Malaisie et la Turquie.
La Commission pointe une nette régression de la liberté religieuse dans le monde ces 20 dernières années.