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Noël, fête chrétienne ou fête païenne ?

Qu’est-ce qui relève des rites païens et des rites chrétiens dans la fête de Noël ? Et comment ces éléments peuvent-ils influer les uns sur les autres ? L’analyse inédite de l’historien Patrick Sbalchiero.

Le 6 février 2014, Chantal Delsol, membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques), affirmait dans une interview au quotidien La Croix : « Notre temps est un retour du paganisme ». Selon cette philosophe, la fête chrétienne de Noël serait aujourd’hui menacée par l’alliance d’un consumérisme outrancier et d’un « néopaganisme » hostile au christianisme. 

Quand Chantal Delsol définit le paganisme comme « la soupe primordiale de l’humanité », elle   s’inscrit dans une vision de l’histoire calquée sur celle du salut biblique : un temps linéaire, avec un début (la création du monde) et une fin (la parousie). Dans ce schéma, le christianisme succède au judaïsme qui avait lui-même succédé aux religions païennes. Le « retour » du paganisme serait alors une régression. Or l’histoire des religions enseigne que le « paganisme » n’est pas réductible à une forme spirituelle unique qui aurait dominé les sociétés avant le judéo-christianisme. Il convient plutôt de parler de diverses modalités pré-chrétiennes du religieux. En effet, quel rapport entre les croyances des peuples de l’Afrique centrale ou australe et celles de la Grèce ou de la Rome antique ? Entre les systèmes religieux du Moyen-Orient pré-chrétien et la spiritualité aborigène ? Le paganisme est protéiforme, à ceci près que le polythéisme est présent dans chacune de ses déclinaisons historiques. 

Voir dans l’histoire du monde une succession de croyances est une erreur. Le christianisme n’a pas fait disparaître le « paganisme » à la manière d’une simple mode. D’ailleurs si le paganisme avait été  définitivement éliminé, pourquoi  ressurgirait-il aujourd’hui ? 

 Noël a-t-il supplanté une fête païenne ?

Noël – à l’instar des autres fêtes du calendrier chrétien – n’a pas été instauré en un tournemain puisqu’il fallut quatre siècles pour que la date du 25 décembre soit officiellement choisie comme fête de la naissance de Jésus qui n’est jamais évoquée par aucun texte biblique. Le mot de Noël proprement dit est attesté seulement au XIIe siècle !  

D’ailleurs le jour de la fête de Noël fut sujet à bien des discussions parmi les Pères de l’Église : vers 204, Hippolyte de Rome fixe le premier cette date un 25 décembre dans son Commentaire du Livre de Daniel ; Clément d’Alexandrie avance le 18 novembre et Tertullien, le 25 mars. Tour à tour, Jésus vient au monde un 6 novembre ou un 28 mars, jusqu’à ce que le pape Libère (352-366) décide à Rome d’une fête de la Nativité chaque 25 décembre, jour du Natalis invicti, puis quel’empereur byzantin Théodose codifie la liturgie de Noël en 425. Bref, les premiers chrétiens ignorent Noël.

Aujourd’hui encore, tous ne le célèbrent pas le même jour : le 25 décembre pour les catholiques ; le 7 janvier pour les orthodoxes (en fait le 25 décembre du calendrier julien) ; l’Église apostolique arménienne retient la date du 6 janvier.

Cette fête a-t-elle délibérément évincé une manifestation païenne, marquant ainsi la fin définitive du « paganisme » ? Le christianisme a succédé au polythéisme païen, en tant que puissance politique et culturelle au cours du Ve siècle, mais il ne l’a pas anéanti. Une règle largement constatée sur le plan historique est que lorsqu’une nouvelle religion succède à une autre, plus ancienne, c’est rarement en l’étouffant, mais plutôt par des influences réciproques, adaptations culturelles, interpénétrations, vampirisation, absorption progressive et échanges symboliques.

Quelles sont les origines de cette fête ? 

L’instauration de la fête de Noël mérite d’être comparée à un lent remplacement d’une solennité païenne : celle de la renaissance du Sol invictus (le « soleil invaincu »), célébrée par les Romains à partir du IIIsiècle de notre ère, date précieuse de l’anniversaire de la naissance d’un dieu solaire, sorti d’un rocher ou d’une grotte sous l’aspect d’un nouveau-né. L’astre solaire servit peu à peu à désigner le Christ dans le sillage des Evangiles (Jésus est « soleil de justice » selon Marc 4, 2). Or, cette fête de la lumière solaire tire son origine des mythologies égyptienne (Osiris), perse (le culte de Mithra* marque la victoire de la lumière sur les ténèbres), grecque (Apollon) et juive (fête de Hanoucca**, fixée au 25 du 9e mois lunaire, donc proche du solstice d’hiver). De fait, Noël possède une dimension festive voisine des célébrations du solstice d’hiver ou des « Saturnales » romaines célébrées dans l’Antiquité entre le 17 et le 24 décembre. Du reste, calendrier polythéiste et calendrier chrétien ont des points communs. En 46 av. J.-C., Jules César réforme le calendrier, fixant le jour du solstice d’hiver un 25 décembre à partir d’une fausse information de l’astronome Sosigène d’Alexandrie…  

Des survivances du paganisme ?

Le Noël chrétien conserve des aspects païens, certes édulcorés, mais néanmoins vivaces, comme par exemple la figure du Père Noël. Si saint Nicolas de Myre* (vers 270-345) en est la matrice originelle, il évoque aussi des êtres issus du folklore scandinave correspondant aux « lutins » du folklore français comme « nisse », « tomte » ou « Julemisse ». Cette petite créature humanoïde est le porteur de cadeaux de la fête de « Yul » (qui correspond au solstice d’hiver), associé à Noël au XIXe siècle. Une telle collusion entre créatures imaginaires et Noël chrétien n’a pas échappé à des courants extrémistes catholiques. Le 23 décembre 1951, une effigie représentant le Père Noël est brûlée sur le parvis de la cathédrale de Dijon.   

Seconde ressemblance : les rites collectifs. Dans l’Antiquité, participer aux fêtes solsticiales est un acte « public », comme le devint Noël qui, d’un point de vue doctrinal, est célébré par l’Église entière, « peuple de Dieu ». 

A l’instar des fêtes païennes, comme les Saturnales, les chrétiens instaurent la période d’Avent à partir du XIsiècle, période au cours de laquelle on célèbre la « fête des fous », avec élection d’un faux pape, d’un « évêque des fous » et d’un « abbé des sots », surnommés les « rois de Noël , réjouissance poursuivie par des chants, des danses et de copieux festins… Le jeûne systématique de l’Avent (et du Carême), imposé par la hiérarchie ecclésiastique, ne prendra vraiment effet qu’au XVe siècle. 

Troisième exemple : les crèches, inconnues des chrétiens jusqu’à « l’automne du Moyen-Âge » puisque la première d’entre elles voit le jour vers 1223. Entourée de personnages (santons) et d’animaux caractéristiques des folklores italiens et provençaux, inspirée de la littérature apocryphe (non reconnue par les clergés), la crèche aurait été « inventée » par François d’Assise (voir notre rubrique « Le mot, le rite » en dernière page), bien que son essor ne se produise pas avant 1700. Jusqu’à la fin du XIIe siècle, Jésus est non d’abord le fils du charpentier de Nazareth, mais le Christ Pantocrator, le Sauveur ressuscité et glorieux, inscrit aux tympans des églises romanes. Ensuite, cisterciens puis franciscains mettent à l’honneur le Jésus terrestre, homme parmi les hommes, et ses différents états de vie : naissance, enfance, etc. 

Noël et les néopaganismes

Mais pourquoi la fête de Noël passionne-t-elle le « néopaganisme » ? Noël serait-il une restauration de cultes anciens et mystérieux ? 

Sous l’Antiquité tardive, les « païens » désignent les paysans (les pagani) : les gens des campagnes, vivant en-dehors des villes majoritairement converties à la foi chrétienne, populations réputés perméables aux rites de facture païenne et polythéiste. 

Dans la France de 2017, la réalité est autre. Bien qu’aujourd’hui sociologiquement déprécié en plusieurs régions, (Centre, Sud-Ouest…), le catholicisme est resté la religion des campagnes jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1945, l’exode rural entraîne un effondrement démographique des campagnes, induisant un possible sentiment de déracinement, d’incompréhension du monde et des  brassages culturels caractéristiques des espaces urbains.  

Aussi une première branche du néopaganisme prétend reconquérir les valeurs sociétales de « toujours » : « France éternelle », valeurs de la famille, de la terre et du travail, religion « ancestrale ». Cette idéologie identitaire associe un « peuple » (celui de France, des « gaulois ») à une religion prétendument « nationale » : le catholicisme romain, mais enraciné (pour Charles Maurras et ses émules) dans un vieux fonds religieux antérieur au christianisme, ciment imaginaire du « vrai » peuple français. Pour les partisans de ce néopaganisme, Noël n’est plus seulement la fête de la naissance de Jésus, mais un fait civilisationnel mêlant appartenance à un groupe confessionnel (le catholicisme) et à une nation fondée sur la mystique du « sang ». 

La seconde catégorie du néopaganisme est différente. Il s’agit d’une branche « religieuse », inspirée par le New Age, les sagesses asiatiques, les forces cosmiques et énergies  naturelles, le chamanisme, l’ésotérisme et l’occultisme (la Wicca). Véritable bric-à-brac spirituel dont les partisans, ancrés dans une vision plutôt progressiste et néo-écologique du monde, ne partagent pour ainsi dire rien avec les aficionados des théories identitaires, hormis la méfiance à l’égard des religions « révélées ». Selon eux, la fête de Noël peut et doit exister, à condition que l’on connaisse ses origines païennes, antérieures et extérieures au christianisme ; Noël aurait été « récupéré » par l’Église catholique, et, de ce fait, il faudrait en exhumer les origines authentiques remontant à l’aube de l’humanité…

Sur le même mode, cette forme de néopaganisme encourage depuis plusieurs décennies la fête d’Halloween – héritage de la fête païenne de Samain – célébrée la veille de la fête catholique de la Toussaint, quant à elle fixée tardivement un 1er novembre entre le VIIIe et le IXe siècles. C’est un autre exemple  de « christianisation » d’un événement païen.   

Patrick Sbalchiero                

Patrick Sbalchiero est docteur en histoire et journaliste. Il a publié une Histoire du Mont-Saint-Michel aux Éditions Perrin (réedition 2015), Petite vie du Padre Pio (Desclée De Brouwer, 2003) et dirigé l’édition du Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens(Fayard, 2002). 

Cette analyse est parue dans la lettre mensuelle LaïCités de décembre 2017.

Noël, fête chrétienne ou fête païenne ?

Le 6 février 2014, Chantal Delsol, membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques), affirmait dans une interview au quotidien La Croix :

« Notre temps est un retour du paganisme ». Selon cette philosophe, la fête chrétienne de Noël serait aujourd’hui menacée par l’alliance d’un consumérisme outrancier et d’un « néopaganisme » hostile au christianisme.

Quand Chantal Delsol définit le paganisme comme « la soupe primordiale de l’humanité », elle s’inscrit dans une vision de l’histoire calquée sur celle du salut biblique : un temps linéaire, avec un début (la création du monde) et une fin (la parousie). Dans ce schéma, le christianisme succède au judaïsme qui avait lui-même succédé aux religions païennes. Le « retour » du paganisme serait alors une régression.

Or, l’histoire des religions enseigne que le « paganisme » n’est pas réductible à une forme spirituelle unique qui aurait dominé les sociétés avant le judéo- christianisme. Il convient plutôt de parler de diverses modalités pré- chrétiennes du religieux. En effet, quel rapport entre les croyances des peuples de l’Afrique centrale ou australe et celles de la Grèce ou de la Rome antique ? Entre les systèmes religieux du Moyen-Orient pré-chrétien et la spiritualité aborigène ? Le paganisme est protéiforme, à ceci près que le polythéisme est présent dans chacune de ses déclinaisons historiques. Voir dans l’histoire du monde une succession de croyances est une erreur. Le christianisme n’a pas fait disparaître le « paganisme » à la manière d’une simple mode. D’ailleurs si le paganisme avait été définitivement éliminé, pourquoi ressurgirait-il aujourd’hui ?

Quelle fête païenne Noël a-t-il supplanté ? 

Noël – à l’instar des autres fêtes du calendrier chrétien – n’a pas été instauré en un tournemain puisqu’il fallut quatre siècles pour que la date du 25 décembre soit officiellement choisie comme fête de la naissance de Jésus qui n’est jamais évoquée par aucun texte biblique. Le mot de Noël proprement dit est attesté seulement au XIIe siècle !

D’ailleurs le jour de la fête de Noël fut sujet à bien des discussions parmi les Pères de l’Église : vers 204, Hippolyte de Rome fixe le premier cette date un 25 décembre dans son Commentaire du Livre de Daniel ; Clément d’Alexandrie avance le 18 novembre et Tertullien, le 25 mars. Tour à tour, Jésus vient au monde un 6 novembre ou un 28 mars, jusqu’à ce que le pape Libère (352-366) décide à Rome d’une fête de la Nativité chaque 25 décembre, jour du Natalis invicti (Nativité du Soleil invincible), puis que l’empereur byzantin Théodose codifie la liturgie de Noël en 425. Bref, les premiers chrétiens ignoraient Noël.

Aujourd’hui encore, tous ne le célèbrent pas le même jour : le 25 décembre pour les catholiques ; le 7 janvier pour les orthodoxes (en fait le 25 décembre du calendrier julien) ; l’Église apostolique arménienne retient la date du 6 janvier.

Cette fête a-t-elle délibérément évincé une manifestation païenne, marquant ainsi la fin définitive du « paganisme » ? Le christianisme a succédé au polythéisme païen, en tant que puissance politique et culturelle au cours du Ve siècle, mais il ne l’a pas anéanti. Une règle largement constatée sur le plan historique est que lorsqu’une nouvelle religion succède à une autre, plus ancienne, c’est rarement en l’étouffant, mais plutôt par des influences réciproques, adaptations culturelles, interpénétrations, vampirisation, absorption progressive et échanges symboliques.

Quelles sont les origines de cette fête ? 

L’instauration de la fête de Noël mérite d’être comparée à un lent remplacement d’une solennité païenne : celle de la renaissance du Sol invictus (le « soleil invaincu »), célébrée par les Romains à partir du IIIe siècle de notre ère, date précieuse de l’anniversaire de la naissance d’un dieu solaire, sorti d’un rocher ou d’une grotte sous l’aspect d’un nouveau-né. L’astre solaire servit peu à peu à désigner le Christ dans le sillage des Evangiles (Jésus est « soleil de justice » selon Marc 4, 2). Or, cette fête de la lumière solaire tire son origine des mythologies égyptienne (Osiris), perse (le culte de Mithra* marque la victoire de la lumière sur les ténèbres), grecque (Apollon) et juive (fête de Hanoucca**, fixée au 25 du 9e mois lunaire, donc proche du solstice d’hiver). De fait, Noël possède une dimension festive voisine des célébrations du solstice d’hiver ou des « Saturnales » romaines célébrées dans l’Antiquité entre le 17 et le 24 décembre. Du reste, calendrier polythéiste et calendrier chrétien ont des points communs. En 46 av. J.-C., Jules César réforme le calendrier, fixant le jour du solstice d’hiver un 25 décembre à partir d’une fausse information de l’astronome Sosigène d’Alexandrie…

La figure mythique de la divinité solaire a connu un succès sans pareil au Proche-Orient. Au IIIe siècle, les chrétiens coptes d’Egypte célèbrent non la naissance physique de Jésus (impossible à dater de manière rigoureuse) mais la première manifestation de sa « divinité ». Noël, fête ancrée dans l’ordre symbolique, est une traduction de croyances communautaires.

Des survivances du paganisme ?

Le Noël chrétien conserve des aspects païens, certes édulcorés, mais néanmoins vivaces, comme par exemple la figure du Père Noël. Si saint Nicolas de Myre* (vers 270-345) en est la matrice originelle, il évoque aussi des êtres issus du folklore scandinave (correspondant aux « lutins » du folklore français) comme « nisse », « tomte » ou « Julemisse ». Cette petite créature humanoïde est le porteur de cadeaux de la fête de « Yul » (qui correspond au solstice d’hiver), associé à Noël au XIXe siècle. Une telle collusion entre créatures imaginaires et Noël chrétien n’a pas échappé à des courants extrémistes catholiques. Le 23 décembre 1951, une effigie représentant le Père Noël est brûlée sur le parvis de la cathédrale de Dijon.

Seconde ressemblance : les rites collectifs. Dans l’Antiquité, participer aux fêtes solsticiales est un acte « public », comme le devint Noël qui, d’un point de vue doctrinal, est célébré par l’Église entière, « peuple de Dieu ».

À l’instar des fêtes païennes, comme les Saturnales, les chrétiens instaurent la période d’Avent à partir du XIe siècle, période au cours de laquelle on célèbre la « fête des fous », avec élection d’un faux pape, d’un « évêque des fous » et d’un « abbé des sots », surnommés les « rois de Noël , réjouissance poursuivie par des chants, des danses et de copieux festins… Le jeûne systématique de l’Avent (et du Carême), imposé par la hiérarchie ecclésiastique, ne prendra vraiment effet qu’au XVe siècle.

Troisième exemple : les crèches, inconnues des chrétiens jusqu’à « l’automne du Moyen-Âge » puisque la première d’entre elles voit le jour vers 1223. Entourée de personnages (santons) et d’animaux caractéristiques des folklores italiens et provençaux, inspirée de la littérature apocryphe (non reconnue par les clergés), la crèche aurait été « inventée » par François d’Assise (voir notre rubrique « Le mot, le rite » en dernière page), bien que son essor ne se produise pas avant 1700.

Jusqu’à la fin du XIIe siècle, Jésus est non d’abord le fils du charpentier de Nazareth, mais le Christ Pantocrator, le Sauveur ressuscité et glorieux, inscrit aux tympans des églises romanes. Ensuite, cisterciens puis franciscains mettent à l’honneur le Jésus terrestre, homme parmi les hommes, et ses différents états de vie : naissance, enfance, etc.


Notes : 

*Le culte de Mithra On sait peu de chose sur ce culte monothéiste d’origine indo-iranienne, si ce n’est qu’il est probablement diffusé dans l’Empire par les soldats romains et les marchands au Ier siècle.
Il s’agissait sans doute d’un rite initiatique, les archéologues ne disposent d’aucune trace écrite sur cette religion, interdite par l’empereur Théodose en 392 parce que concurrente du christianisme.
On trouve aujourd’hui de nombreux vestiges de sanctuaires de ce culte un peu partout en Europe. En France, des archéologues ont découvert un sanctuaire dédié à Mithra à Lucciana, en Corse, en février 2017.
** Hanoucca Parfois surnommée « Noël juif », la fête d’Hanoucca (“Fête de l’Édification”) commémore l’inauguration du second temple de Jérusalem, profané par des pratiques païennes, en 165 avant Jésus-Christ.
Plus qu’une victoire sur le paganisme, Hanoucca célèbre un prodige qui aurait eu lieu lors de la réhabilitation des lieux : il restait de l’huile à candélabre encore pure, mais de quoi éclairer durant une seule journée. Or, une fois allumé, le candélabre aurait produit de la lumière durant huit jours entiers.
C’est pour commémorer ce miracle que le rite le plus important d’Hanoucca consiste à allumer les bougies d’un candélabre à neuf branches (la neuvième sert à tenir la bougie qui permet d’allumer toutes les autres) chaque soir durant les huit jours de la fête.

*Saint Nicolas de Myre : 

Nicolas (329-350) fut l’évêque de Myre, au sud de l’actuelle Turquie, à une période où Constantin convertissait l’Empire romain au christianisme. Le saint s’est illustré pour sa défense de la foi chrétienne. Parmi les miracles qui lui sont attribués : il aurait ressuscité des enfants tués par un boucher. Il devient donc rapidement le saint protecteur des enfants. Dans la tradition germanique, on célèbre la mort de Saint-Nicolas le 6 décembre. La légende veut que dans la nuit du 5 au 6, le saint, accompagné d’un âne ou d’un cheval selon les pays, distribue des cadeaux et des friandises aux enfants sages. Ceux qui ne l’ont pas été ont affaire au Père Fouettard, le méchant alter égo du saint.

Icône russe de saint Nicolas, dans l’église
de Saint-Nicolas, à Novgorod, en Russie.
© Aleksa Petrov

Aux Pays-Bas, saint Nicolas est surnommé “Sinterklaas”. Au XIXe siècle, les migrants hollandais qui se rendent aux États-Unis emportent avec ceux les traditions festives liées à saint Nicolas dont le nom devient Santa Claus, qui lui-même deviendra le Père Noël dans les années 1930, et dont la résidence est fixée dans le Nord, sans plus de précisions.

Le Père Noël n’a pas rencontré un franc succès en Espagne, où se sont les Rois Mages qui sont réputés distribués les cadeaux, suivant en cela la tradition des étrennes telle qu’elle se pratiquait en France jusqu’au XIXe siècle. En Italie, c’est une sorcière, la Beffana (déformation de «Epiphanie») qui apporte les cadeaux. Dans ces deux pays, Noël vaut surtout pour la messe de minuit.


Noël et les néopaganismes

Mais pourquoi la fête de Noël passionne-t-elle le « néopaganisme » ? Noël serait-il une restauration de cultes anciens et mystérieux ? Sous l’Antiquité tardive, les « païens» désignent les paysans (les pagani) : les gens des campagnes, vivant en-dehors des villes majoritairement converties à la foi chrétienne, populations réputés perméables aux rites de facture païenne et polythéiste.

Dans la France de 2017, la réalité est autre. Bien qu’aujourd’hui sociologiquement déprécié en plusieurs régions, (Centre, Sud-Ouest…), le catholicisme est resté la religion des campagnes jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1945, l’exode rural entraîne un effondrement démographique des campagnes, induisant un possible sentiment de déracinement, d’incompréhension du monde et des brassages culturels caractéristiques des espaces urbains.

Aussi une première branche du néopaganisme prétend reconquérir les valeurs sociétales de « toujours » : « France éternelle », valeurs de la famille, de la terre et du travail, religion « ancestrale ». Cette idéologie identitaire associe un « peuple » (celui de France, des « gaulois ») à une religion prétendument « nationale » : le catholicisme romain, mais enraciné (pour Charles Maurras et ses émules) dans un vieux fonds religieux antérieur au christianisme, ciment imaginaire du « vrai » peuple français. Pour les partisans de ce néopaganisme, Noël n’est plus seulement la fête de la naissance de Jésus, mais un fait civilisationnel mêlant appartenance à un groupe confessionnel (le catholicisme) et à une nation fondée sur la mystique du « sang ».

La seconde catégorie du néopaganisme est différente. Il s’agit d’une branche « religieuse », inspirée par le New Age, les sagesses asiatiques, les forces cosmiques et énergies naturelles, le chamanisme, l’ésotérisme et l’occultisme (la Wicca). Véritable bric-à-brac spirituel dont les partisans, ancrés dans une vision plutôt progressiste et néo-écologique du monde, ne partagent pour ainsi dire rien avec les aficionados des théories identitaires, hormis la méfiance à l’égard des religions « révélées ». Selon eux, la fête de Noël peut et doit exister, à condition que l’on connaisse ses origines païennes, antérieures et extérieures au christianisme ; Noël aurait été « récupéré » par l’Église catholique, et, de ce fait, il faudrait en exhumer les origines authentiques remontant à l’aube de l’humanité…

Sur le même mode, cette forme de néopaganisme encourage depuis plusieurs décennies la fête d’Halloween – héritage de la fête païenne celtique de Samain – célébrée la veille de la fête catholique de la Toussaint, quant à elle fixée tardivement un 1er novembre entre le VIIIe et le IXe siècles. C’est un autre exemple de « christianisation » d’un événement païen.

Par Patrick Sbalchiero, docteur en histoire et journaliste. Il a publié une Histoire du Mont-Saint-Michel aux Éditions Perrin (réedition 2015), Petite vie du Padre Pio (Desclée De Brouwer, 2003) et dirigé l’édition du Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens(Fayard, 2002)


Quid de la tradition des arbres de Noël ?

Emplacement supposé du premier sapin de Noël, en 1510, à Riga. ©unbaroudeuravelo

Durant les saturnales, fêtes de fin d’année romaines, il était de coutume de décorer sa maison avec des branches de conifère pour la simple raison que ces arbres ont des feuilles persistantes et conservent le vert de leurs épines en plein hiver. Différents rites païens rendent hommage aux arbres, symboles de vie et de renaissance.

Les chrétiens se seraient ensuite réapproprié cette tradition selon diverses légendes. En 590, le soir de Noël, le moine irlandais Saint Colomban aurait décoré un sapin, objet d’un culte païen, de lanternes formant une immense croix. Au VIIIe siècle, saint Boniface aurait abattu un arbre sacré dédié au dieu du tonnerre Thor* devant des fidèles païens qui, ayant constaté que le dieu au marteau n’avait pas foudroyé le moine, se seraient aussitôt convertis.

La capitale de Lettonie, Riga, affirme détenir la paternité du premier sapin de Noël qui aurait été installé là en 1510 par des marchands qui prévoyait d’abord de le brûler pour le solstice avant de décider de le décorer et de le conserver sur la place publique.

*Thor est l’un des dieux les plus populaires de la mythologie scandinave. Il est le fil du dieu Odin et de la déesse de la terre Jörd. Thor est un guerrier colérique armé d’un marteau.