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Racisme, antisémitisme, discriminations

Quel état des lieux ?

En 2016, les actes et propos relevant du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie ont diminué d’environ 45% en France, par rapport à 2015. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) mobilise deux outils de mesure du ministère de l’Intérieur pour évaluer ces actes :

  • Les chiffres qui comptabilisent les « actions » et « menaces » en fonction de leur gravité et de leur mobile (antimusulman, antisémite ou raciste). Cet outil du Service central du renseignement territorial (SCRT) précise les types d’acte (homicides, incendies, dégradations, violences) et fait la différence entre propos, inscriptions, gestes menaçants… En 2016, sur 1 125 actes recensés (contre 2 034 en 2015) : 335 sont de nature antisémite (808 en 2015), 182 antimusulmans (contre 429 en 2015) et 608 dans une catégorie « autre » intitulée « actes racistes » (797 en 2015). La baisse est nette, mais l’année 2015 était particulièrement noire. Si plus de la moitié de ces actes constituent des menaces (258 de type antisémite, 118 antimusulmanes, 524 « racistes »), la CNCDH relève « une progression dans l’échelle de violence » (tirs à balles réelles, incendies) des actes antimusulmans et une banalisation des actes antisémites du quotidien.
  • Un nouvel outil qui décompte toutes les contraventions, les délits et les crimes à caractère raciste constatés par la gendarmerie et la police, d’après le logiciel qui permet de saisir les signalements.

Ce système issu du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) comptabilise 9 460 « infractions en relation avec la race, l’origine, l’ethnie ou la religion », dont 5 940 crimes et délits et 3 520 contraventions.

La présidente de la CNCDH, Christine Lazerges, commente ces chiffres :

« Ces deux enquêtes ne mesurent pas la même chose. D’autre part, il existe un “chiffre noir” du racisme et de l’antisémitisme en France : on estime que seules 6% des injures racistes sont signalées aux autorités et que 3% sont enregistrées au titre de plaintes ».

La CNCDH recommande une meilleure formation des forces de l’ordre pour recevoir les victimes et enregistrer leurs plaintes. Elle demande aussi un meilleur accompagnement des victimes dans cette démarche.

Indice de tolérance

La grande surprise du rapport de la CNCDH, c’est que l’indice de tolérance, qui mesure l’état de l’opinion publique à l’égard de la diversité, a augmenté passant de 55 en 2013 à 65 sur 100 en 2016.

La présidente de la CNCDH commente ainsi le retour des Français vers plus de tolérance :

« cet indice remonte depuis 2014, alors qu’il avait dégringolé depuis le début de la crise économique. Ce qui nous paraît pouvoir expliquer cette progression, c’est le fait que les attentats terroristes nous amènent tous, sans distinction, à devoir lutter contre un phénomène dramatique et, en conséquence, cela crée de la cohésion nationale ».

Pour autant, rien n’est acquis : « Si on stigmatise une partie de la population de ce pays, cela peut ne pas être vrai très longtemps ». Autre nuance, « la remontée de l’indice n’est pas aussi nette sur les résultats obtenus non pas en enquête “en face à face” mais via le questionnaire anonyme sur Internet ».

Depuis 1990, la CNCDH réalise cette enquête sur l’opinion à l’égard des minorités. Une équipe de chercheurs élabore, ajuste et interprète les résultats obtenus. Cette année, le questionnaire mené « en face à face » est accompagné d’un questionnaire en ligne. En face à face, les interrogés ont tendance à vouloir paraître plus « politiquement corrects » que lorsque les réponses sont données de façon anonyme.

Si les évènements comme les attentats n’ont pas d’effet mécanique sur l’indice de tolérance, le rapport souligne que la manière dont il est rapporté par les politiques et les médias peut avoir une influence négative. Il donne l’exemple des émeutes dans les banlieues en 2005 « la focale a été mise sur “des émeutes musulmanes”, au détriment d’autres manières possibles de couvrir et d’interpréter ces évènements […]. Ce prisme musulman a eu des conséquences sur la montée de l’islamophobie […] et a contribué à une baisse de l’indice de 6 points ».

Pourquoi ces phénomènes perdurent-ils ?

« Le racisme biologisant devient marginal mais il n’a pas complètement disparu ». En 2013, la Garde des Sceaux Christiane Taubira en a fait l’expérience douloureuse lorsqu’elle avait été comparée à une guenon. Cette forme de racisme « touche aussi la minorité rom, la plus rejetée de toutes. Les Roms sont parfois qualifiés de sous-hommes », souligne Christine Lazerges, présidente de la CNCDH. En revanche, le racisme culturel, appelé « différentialiste », reste fort. Il témoigne de la difficulté d’un groupe majoritaire à accepter des modes de vie, de pensée, et des croyances différentes du sien. Les questionnaires de la CNCDH mesurent les préjugés. « La minorité juive est bien acceptée, indique Christine Lazerges. On note toutefois la persistance de vieux préjugés antisémites » : rapport particulier avec l’argent, liens avec le pouvoir, repli communautaire et attachement à Israël sont autant d’idées qui subsistent à l’égard des juifs.

L’islam reste mal perçu, certaines pratiques (voile intégral, burkini) sont jugées incompatibles avec la société française. Dans le même temps, le rejet des musulmans eux-mêmes tend à baisser : désormais, 80% des personnes interrogées considèrent que « les Français musulmans sont des Français comme les autres » contre 65% en 2014. L’écart entre les réponses en « face à face » et sur Internet est significatif sur toutes les questions en rapport avec les musulmans et l’islam. Les chiffres montrent une forme d’autocensure sur ce sujet clivant – 33% des personnes interrogées ont une vision positive de « la religion musulmane », 31% une vision négative. De leur côté, les Asiatiques sont considérés comme « très travailleurs » par plus de 70% des personnes sondées, mais ils restent vus comme « un groupe à part » par 25%, 30% si la question porte précisément sur les Chinois. L’année 2016 a été marquée par plusieurs manifestations suite à des agressions anti-asiatiques, dont une mortelle à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) où un couturier est décédé de ses blessures durant l’été 2016. Preuve, s’il en fallait, qu’un stéréotype, même énoncé de façon positive, peut se retourner, susciter l’envie ou la convoitise, pour ensuite justifier des agressions.

Comment lutter contre ?

« D’abord par l’éducation et la culture, affirme la présidente de la CNCDH. La connaissance permet de lutter contre le racisme, mais aussi la rencontre avec l’autre, la confrontation à la mixité, les voyages, permettent de déconstruire les idées préconçues. Ce travail commence au sein de la famille, il se poursuit à l’école ».

Christine Lazerges souligne que des actions ont été entreprises par différentes institutions, à commencer par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) qui finance des projets associatifs de lutte contre le racisme et les préjugés, le ministère de l’Éducation nationale qui a mis l’accent sur l’apprentissage de la citoyenneté et des faits religieux, la Justice – des pôles anti-discrimination sont en place dans les tribunaux et les juges font usage de peines alternatives pour faire preuve de pédagogie. Le ministère de l’Intérieur, en proposant un nouveau service statistique, affine les données disponibles pour mieux cerner l’ampleur des phénomènes. Certains dispositifs sont récents, difficile d’évaluer leur efficacité avant quelques années.

« Nous restons critiques sur certains sujets, comme les contrôles au faciès qui sont très nombreux, surtout dans les banlieues. L’état d’urgence permet d’effectuer des contrôles sans avoir à caractériser les troubles à l’ordre public, ce qui entraîne beaucoup de contrôles discriminatoires. Nous demandons la mise en place d’un système expérimental de récépissés comme il en existe dans d’autres pays », indique Christine Lazerges.

Quid de l’école ?

La CNCDH propose une vingtaine de recommandations pour mieux lutter contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en milieu scolaire. Cela passe notamment par la formation des enseignants et par une plus grande lisibilité dans les ressources pédagogiques proposées. « Les professeurs expriment des manques, il est indispensable de mettre l’accent sur la formation continue », indique la CNCDH. Elle recommande aussi d’instaurer des temps de discussion entre adultes pour partager leurs expériences, se mettre d’accord sur les sujets abordés, s’entraider sur les thèmes problématiques et instaurer des moments de décryptage de l’actualité avec les élèves qui aiment s’y référer. Cet échange avec les élèves, au-delà des horaires dédiés à l’éducation morale et civique (EMC), est important pour faire vivre les valeurs et prendre le temps de déconstruire les stéréotypes selon la CNCDH.

La mixité scolaire « dans toutes ses facettes » (sociale, ethnique, etc.) est aussi une base indispensable pour lutter contre les préjugés :

« L’absence de certains enfants à l’école, les Roms par exemple, accroît les idées reçues des élèves qui n’ont jamais rencontré ces jeunes. D’autre part, des études montrent que la mixité permet de développer des compétences citoyennes et civiques, qui elles-mêmes donnent envie de participer à la vie collective ».

La CNCDH recommande aussi de faire un travail sur les programmes d’histoire pour favoriser le sentiment d’appartenance des élèves : « une histoire avec des voix plurielles, où tout le monde ait sa place. Par exemple, l’histoire des Outre-Mer est peu mentionnée dans le programme ».


Qu’est-ce que la CNCDH ?

LaCommission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) est une institution de la République, caractérisée par son indépendance et son pluralisme. Certains de ses membres sont représentants d’ONG et de syndicats. Elle assure en toute indépendance un rôle de conseil et de proposition auprès du gouvernement et du parlement. Ses thèmes de travail : les droits de l’Homme, le respect des libertés fondamentales, l’action humanitaire.


Pour aller plus loin :

Lire le résumé du rapport de la CNCDH

Quelques outils pour aborder le sujet avec les élèves :