Le “confessionnalisme”
Après des mois de tractations politiques, c’est finalement l’ex-général Michel Aoun, 81 ans, qui est devenu le nouveau président libanais le 31 octobre 2016.
Il a pu réunir le quorum des deux tiers de l’Assemblée en partie grâce au soutien de son adversaire politique d’hier, l’ancien premier ministre sunnite Saad Hariri, qui reprend la tête du gouvernement.
Au Liban, le président est toujours de confession chrétienne maronite, le premier ministre un musulman sunnite et le président de l’Assemblée un musulman chiite, et ce en vertu du « pacte national » de 1943. Cette décision non-écrite, adoptée au moment de l’indépendance du pays, visait à répartir les postes à responsabilité entre les principales communautés religieuses du pays. En 1989, des élections confessionnelles ont été instituées par les accords de Taëf (Arabie saoudite), qui mettaient fin à une guerre civile interconfessionnelle démarrée en 1975 ayant fait entre 130. 000 et 250.000 morts. Le Parlement se compose donc désormais de 128 députés, 64 chrétiens, dont 34 maronites ; et 64 musulmans, dont 27 sunnites et 27 chiites. Dans chacune des circonscriptions, des sièges sont réservés aux députés de certaines communautés.
Avant l’afflux de réfugiés syriens, sur 4,1 millions d’habitants, la mosaïque libanaise était composée de 59% de musulmans, 39% de chrétiens et 1% d’autres religions. Au total, l’État reconnaît 18 confessions différentes, dont douze chrétiennes – six catholiques maronites, grecs catholiques, syro-catholiques, chaldéens, arméniens catholiques et latins – et autant d’orthodoxes -, cinq communautés musulmanes – sunnites, chiites, druzes, alaouites et ismaéliens – ainsi qu’une communauté juive d’à peine 15.000 membres.
Les accords de Taëf ont limité les pouvoirs présidentiels, les chrétiens maronites n’étant plus majoritaires dans le pays. Reste que les députés doivent s’accorder sur le choix d’un président de confession maronite et que la communauté chrétienne représentée à l’Assemblée était très divisée depuis la fin du mandat du président Michel Sleiman en mai 2014. L’ex-général Michel Aoun avait le soutien du Hezbollah.
Michel Aoun avait été à la tête d’un gouvernement militaire entre 1988 et 1990. Il avait refusé les accords de Taëf et avait été contraint de quitter ses fonctions par l’armée syrienne. Exilé en France entre 1991 et 2005, il rentre au Liban après l’assassinat, le 14 février, du Premier ministre Rafic Hariri. Il s’était alors présenté aux élections législatives et avait remporté 28 sièges grâce à un programme fondé sur le confessionnalisme et la lutte contre la corruption.
Depuis plusieurs mois, le Liban est miné par des affaires de corruption – notamment autour de la gestion des ordures –, des divisions politiques internes et les répercussions la crise syrienne.
En savoir plus :
- Un portrait de Michel Aoun
- Un grand article sur le système multiconfessionnel du Liban
- Un article universitaire sur l’importance des identités religieuses au Liban