Les Kawaa interconvictionnels Grandir Ensemble rassemblent chaque mois des dizaines de personnes, venues se rencontrer et discuter lors d’un moment convivial. Une initiative qui favorise le vivre- ensemble et le lien social.
Kawaa, comme du café, et, c’est bien de cela qu’il s’agit ce soir à Paris. Une rencontre conviviale et interconvictionnelle. Les Kawaa Grandir Ensemble sont des réunions de personnes qui ne se connaissent pas et s’inscrivent sur Internet à ces moments d’échange. Au début de la séance, l’animatrice, Seynabou Seye, chargée de projet des Kawaa, invite les participants à se servir d’une boisson – chaude ou froide, chacun fait comme il souhaite – et énonce les règles de la discussion : utilisation du singulier pour s’exprimer ; pas de prosélytisme ; ce qui se dit au Kawaa reste au Kawaa ; la discussion durera une heure soit 45 minutes de face à face et 15 mn en groupe à la fin de la discussion. Pour former des binômes, l’animatrice distribue un petit papier numéroté appelé « carte je me définis » sur lequel on inscrit sa confession, son agnosticisme ou son athéisme.
Il faut bien retenir le numéro, précise-t-elle en ramassant, puis elle trie le tout afin de répartir des binômes de convictions différentes (agnostique avec juif, chrétien avec musulman par exemple). L’animatrice propose aux duos des « nuages de conversation » thématiques qui peuvent servir de point d’appui pour démarrer la discussion. Ils contiennent des questions comme « Quelles valeurs vous ont été transmises dans votre éducation ? », « Pouvez-vous partager un souvenir qui vous tient à cœur ? », « Y a-t-il des choses que vous ne pouvez ou ne voulez pas manger ? », « À quoi pensez-vous quand vous regardez le ciel ? ».
« Généralement, les participants choisissent celles qui les mettent le plus à l’aise. Ils n’utilisent souvent que deux ou trois questions et rebondissent rapidement sur les réponses de leurs interlocuteurs. Parfois, ils ne parlent pas vraiment de leurs convictions mais plutôt de leurs visions du monde tout simplement », explique Seynabou Seye.
La structure a imaginé des nuages de conversation sur la cuisine, l’éducation, la laïcité, etc.
« L’objectif, c’est surtout de rencontrer des personnes, pas des religions. Et de permettre à chacun de confronter ses idées sans s’affronter, dans un cadre convivial et serein », souligne-t-elle.
Croyants et non-croyants de tous âges et de tous milieux conversent, se rencontrent. Entre 96 et 98% des participants se disent très satisfaits de cette expérience. L’exercice proscrit tout jugement, promeut une discussion bienveillante sur des sujets sensibles – les convictions – dans un cadre maîtrisé. L’animatrice circule entre les duos, tend l’oreille pour vérifier qu’il n’y a pas de prosélytisme, relance la conversation pour ceux qui auraient du mal à entrer dans la discussion.
Un concept qui s’égrène
Chacun des animateurs est formé, en groupe ou par Skype, par un membre de l’équipe des Kawaa Grandir Ensemble. Il signe une charte dans laquelle il s’engage à adopter une posture neutre et bienveillante, à refuser de convaincre ou de convertir. Il reçoit ensuite un kit comprenant un manuel, les nuages de conversation, les cartes « je me définis » et des affiches pour prévenir les convives. « À la fin des Kawaa, deux à trois participants nous font savoir qu’ils souhaitent à leur tour animer une rencontre », indique Seynabou Seye. C’est ainsi que le concept s’égrène aujourd’hui dans 29 villes parmi lesquelles Lille, Nantes, Toulon, Bordeaux, Grenoble, Arras. Les animateurs choisissent un lieu et une heure. Les Kawaa peuvent avoir lieu dans des centres sociaux, des cafés, des maisons de quartier, des salles prêtées par des associations. Ils réunissent entre 10 et 20 participants. Si les 25-35 ans sont très friands du concept, les Kawaa rassemblent des adultes entre 20 et 65 ans. Ce dont Grandir Ensemble, le fonds de dotation qui porte le projet, à mi-chemin entre une association et une fondation, se félicite puisqu’il souhaite encourager les liens intergénérationnels. Seynabou Seye estime que l’outil est plus adapté aux adultes, plus assurés quant à leurs convictions, leurs expériences et moins sensibles à ce que disent les voisins sur le même sujet.
L’idée de ces Kawaa a émergé en 2014, lors d’une rencontre entre l’actuelle Déléguée Générale de Grandir Ensemble et un fondateur de Kawaa, entreprise sociale et solidaire qui a imaginé une plateforme Internet collaborative rassemblant des outils pour l’organisation de rencontres dans la vie réelle. Le projet est entièrement financé par des dons de particuliers. Après les attentats de 2015 et 2016, les demandes de participation aux Kawaa ont doublé, voire triplé.