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Le serment des Sans-Culottes de Moulins

« Je jure de maintenir de tout mon pouvoir l’unité et l’indivisibilité de la république ; je jure en outre de reconnaître pour mon frère tout homme juste et vraiment ami de l’humanité, quelle que soit sa couleur, sa taille et son pays, je jure enfin de n’avoir jamais d’autre religion que celle de la nature, d’autre temple que celui de la raison , d’autres autels que ceux de la patrie, d’autres prêtres que nos législateurs, ni d’autre culte que celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ».

C’est au journaliste et pamphlétaire Jacques René Hébert que l’on doit de connaître aujourd’hui le serment que prêtèrent, vers la fin de 1793, les sans-culottes de Moulins, dans l’Allier. Il est évoqué dans un article du journal révolutionnaire Le Père Duchesne, fondé en 1790 et dont les tirages dépassèrent un temps les 500.000 exemplaires.

Hébert et ses amis les hébertistes ont représenté l’un des courants les plus radicaux de la Révolution française : prônant la guerre totale à l’extérieur, pourchassant les « traîtres » à l’intérieur, ils maniaient l’outrance et l’injure. Ils s’appelaient eux-mêmes les déchristianisateurs et militaient pour la suppression pure et simple de la religion et de l’Eglise catholique. Ils voulaient qu’elles soient remplacées par le culte de la raison.

Dans son édition du 1er janvier 1794 titrée « La grande joie du Père Duchesne : Au sujet de la fête que les Sans-Culottes ont célébrée dans le temple de la raison, en réjouissance de l’abolition de l’esclavage », Hébert salue la décision de la Convention de rendre leur liberté aux esclaves des colonies. En même temps, il salue « les sociétés populaires qui d’un bout de la république à l’autre établissent le culte de la raison » ; il donne copie du serment rédigé par les sans-culottes de Moulins en concluant : « J’espère qu’il sera bientôt celui de tous les Français ».

Il n’eut pas l’occasion de connaître le devenir de ce serment républicain. Jacques René Hébert et ses amis, pour avoir fomenté un soulèvement en vue de renverser le Comité de Salut public, furent guillotinés le 24 mars 1794.