par Louise Gamichon
Depuis 2015, des jeunes en service civique mènent des interventions au collège pour parler de laïcité, d’égalité et de vivre-ensemble. Ce programme d’animation a été mis en œuvre par la Fédération des œuvres laïques (FOL) du Var – délégation départementale de la Ligue de l’Enseignement, en partenariat avec la sous-préfecture. Les « ambassadeurs du vivre-ensemble » rencontrent un franc succès dans la région et ont reçu le Prix de la laïcité en décembre 2016.
La laïcité n’a plus de secret pour les « ambassadeurs du vivre-ensemble » du Var. Ces jeunes en service civique se consacrent à des interventions auprès de collégiens quatre jours par semaine. Leur mission, intervenir dans les classes ou des structures de loisirs pour faire vivre trois thématiques : la laïcité, l’égalité filles/garçons et la lutte contre la discrimination. Cela peut passer par différentes réalisations d’élèves, comme l’explique Caroline Garcia-Carreno, 23 ans, en service civique : « des saynètes de théâtre par exemple, mais aussi des expositions. Il n’y a pas longtemps, des collégiens ont même réalisé des slams ».
L’intervention est calibrée en fonction des attentes de l’établissement et des enseignants. La FOL du Var et les services civiques reçoivent des commandes des équipes éducatives. Ils affinent ensuite leurs interventions lors de réunions préparatoires. « Certains prolongent ensuite notre action en préparant un spectacle de fin d’année à partir des saynètes », explique Sandrine Firpo, Secrétaire Générale de la Fédération des œuvres laïques (FOL) du Var. « L’avantage principal du dispositif, c’est que ce sont des jeunes qui s’adressent à des jeunes. Une proximité se créée entre les Services civique et les élèves, qui sont dès lors plus réceptifs aux messages », souligne-t-elle.
« C’est un peu étrange de “retourner à l’école”, et même si nous sommes extérieurs, nous travaillons dans “les normes” scolaires, commente Caroline Garcia-Carreno. Après, nos animations permettent une liberté d’expression, ce qui n’est pas évident au collège. Pour les adolescents, nous voir, ça les change, c’est plus captivant. Ils voient nos messages sous un autre angle ». En ce moment, cette passionnée d’art aide des collégiens à réaliser des tableaux pour une exposition en lien avec la semaine de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. « Je leur donne seulement des conseils techniques pour leurs toiles », souligne-t-elle.
Quand la “parole s’ouvre”
Les « ambassadeurs du vivre-ensemble » sont nés en 2015, d’un partenariat entre la FOL du Var et de la sous-préfecture. « À l’origine du projet, nous travaillions à la construction de modules d’animation en lien avec la Charte de la laïcité expliquée aux enfants », indique Sandrine Firpo. La rencontre avec la sous-préfecture a eu lieu peu après les attentats de novembre 2015. Elle a permis à la FOL du Var d’inclure des services civiques au dispositif, et de le lancer dans des collèges en REP et REP+ ou relevant de la politique de la ville. « Les jeunes en Service civique sont formés aux éléments règlementaires sur les thématiques de laïcité, d’égalité et de lutte contre les discriminations. Ils apprennent aussi des techniques d’animation », explique Sandrine Firpo. Parmi les collégiens qui ont assisté aux interventions, certains seront, à leur tour, nommés « ambassadeurs du vivre-ensemble ». À terme, l’idée est de créer un réseau dont les membres pourraient se réunir dès la fin 2017.
Pour leur deuxième année d’existence, les « ambassadeurs » ont renforcé leur offre initiale. En plus des initiations aux thématiques laïcité, égalité, lutte contre les discriminations, ils proposent désormais des interventions d’approfondissement d’un thème précis (la lutte contre l’homophobie par exemple). Une façon d’essaimer ce projet, en attendant de l’ouvrir aux écoles primaires et aux centres de loisirs, si les budgets et les partenariats le permettent. Hugo Manta, l’animateur qui encadre les interventions des services civiques, explique que le projet dépasse déjà les murs des établissements : « La parole s’ouvre. Les jeunes ont parfois des discussions avec leurs parents après les interventions ». Il trouve aussi les animations très utiles pour développer l’esprit critique et l’autonomie des élèves. Caroline Garcia-Carreno confirme. Elle voit dans les interventions l’occasion de créer une cohésion entre les adolescents d’une classe.
Les jeunes en service civique vivent une expérience forte sur les huit mois de leur mission. Ils créent une équipe, s’approprient des locaux de travail et « se rafraichissent la mémoire » sur les thématiques d’intervention, selon le mot de Caroline Garcia-Carreno. « Et puis on acquiert de la confiance en nous et de l’autonomie dans le travail », souligne-t-elle. Des compétences précieuses pour entrer dans le monde professionnel.