Accueil Religions Faits religieux contemporains Tradition pré-chrétienne en Bulgarie

Tradition pré-chrétienne en Bulgarie

par Sophie Gherardi

Pays d’Europe du Sud-Est situé dans la péninsule balkanique, la Bulgarie (7,2 millions d’habitants en 2015, en forte baisse depuis 1990 du fait d’une émigration massive) a connu une existence étatique au Moyen-Age, entre le VIIe et le XIVe siècle. Elle a ensuite été intégrée à l’Empire ottoman, dont elle s’est affranchie en plusieurs étapes, entre 1876 et 1908. En septembre 1944, elle est occupée par l’Armée rouge et deviendra une « démocratie populaire » jusqu’à la chute du régime communiste le 10 novembre 1989. Elle est membre de l’Otan et de l’Union européenne, dont elle est le pays membre le plus pauvre. 

Tous les 1er mars, une intense activité sociale s’empare de la Bulgarie, petit pays danubien membre de l’Union européenne depuis 2007. Chacun appelle ses proches, s’endimanche pour des visites de courtoisie, descend fébrilement chercher le courrier à la boîte aux lettres après avoir soi-même envoyé de nombreuses cartes de vœux – ça c’est pour les générations les plus âgées. Chez les plus jeunes, l’activité est beaucoup plus virtuelle mais non moins frénétique sur les réseaux sociaux. Et tous, jeunes, vieux, femmes, hommes, urbains ou ruraux, bourgeois ou prolétaires, se souhaitent avec effusion un « Tchestita Baba Marta ! », joyeuse fête de mars, et s’offrent des fils rouges et blancs tressés et terminés par des pompons appelés martenitsi (martenitsa au singulier). Baba Marta, grand-mère Marthe, tire son nom du mois de mars, « mart » en bulgare, et elle a tout un passé légendaire. Vieille femme acariâtre à l’humeur changeante comme le temps de mars, tantôt printanier tantôt hivernal, elle doit être apaisée par les décorations blanches et rouges portées sur la poitrine en guise de protection. Dans un conte plus élaboré, la vieille envoie sa belle-fille cueillir des fraises dans la forêt, tâche impossible au 1er mars ; la jeune femme, avec l’aide des fées ou de la Vierge Marie selon les versions, rapporte les fruits et sa méchante belle-mère, croyant le printemps arrivé, part en transhumance avec ses moutons : elle sera surprise par le gel et changée en pierre.

Longtemps, les Bulgares se sont cru seuls dépositaires, avec leurs proches cousins les Macédoniens, de cette tradition du 1er mars, rite propitiatoire d’origine païenne fondé sur les deux couleurs sang et neige. Le régime communiste insistait d’ailleurs sur le caractère national de la fête. Avec l’ouverture des années 90, les Bulgares ont découvert que leurs voisins d’Outre-Danube, les Roumains et les Moldaves, s’offraient aussi des breloques blanches et rouges au bout de fils tressés, et appelaient Baba Dochia l’équivalent de leur Baba Marta. Comme eux, ils décoraient les arbres de rouge et blanc, jetaient les pompons dans le Danube ou les cachaient sous les pierres, espérant que Baba Marta, satisfaite, ferait en sorte que l’hiver se dissipe et que le gel ne détruise pas les récoltes. Les Roumain latins et les Bulgares slaves ont un substrat commun que les ethnologues font remonter aux anciens Thraces qui vivaient sur les mêmes terres.

La Bulgarie partage avec la Russie, son ancien protecteur, l’orthodoxie et une langue slave écrite en cyrillique ; l’Eglise orthodoxe – naguère inféodée au régime communiste et souvent persécutée par lui – a été remise au centre des nouvelles représentations du pouvoir, comme en Russie. Mais la comparaison s’arrête là. Les Bulgares sont pour la plupart peu religieux, ou alors sur un mode ritualiste et non mystique. Cela vaut aussi bien pour les musulmans, qui sont environ 8 % – la population d’origine turque, une partie des Roms et les Slaves islamisés appelé Pomaks. Les catholiques forment une petite minorité regroupée dans certaines villes. Les juifs de Bulgarie, qui ont été protégés de la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale – cas unique dans un pays allié des nazis – ont collectivement rejoint Israël à la fin des années 40, si bien que la population juive ne compte plus qu’environ 5000 âmes. Autre singularité bulgare : les Témoins de Jéhovah, aux termes d’un accord amiable intervenu en 1998 avec les autorités bulgares, afin d’obtenir la reconnaissance de leur association, acceptent de respecter la législation sanitaire bulgare, et n’empêchent pas leurs enfants de recevoir le cas échéant une transfusion sanguine. Il semblerait que ce soit la seule exception au monde…