Accueil Religions Faits religieux contemporains “Les paroisses sont vides mais les pèlerinages sont pleins”

“Les paroisses sont vides mais les pèlerinages sont pleins”

Pendant deux ans, Linda Caille est allée à la rencontre des catholiques aux quatre coins de la France. Dans Les Cathos, Enquête au cœur de la première religion de France (Tallandier, 2017), elle décrit une grande diversité de pratiques et de parcours de ces croyants. 

Qui sont « les cathos » aujourd’hui ?

Linda Caille : 56% des Français se disent catholiques. Le catholicisme est donc la première religion de France avant l’athéisme qui rassemble 40 % des Français. Les catholiques vont de moins en moins à la messe, ils se marient de moins en moins à l’église et baptisent de moins en moins leurs enfants. Les paroisses sont vides, certes, mais les pèlerinages sont pleins. Ces fidèles pratiquent différemment sur Internet, dans des petits groupes de partage bibliques ou lors de retraites spirituelles ponctuelles. J’ai voulu rendre ce foisonnement à travers des portraits et des reportages dans la France d’aujourd’hui. Je donne la parole à des catholiques qui se définissent comme catholiques qu’ils soient paysans, en recherche d’emploi, fonctionnaires ou cadres dans le privé.

Sont-ils vraiment en voie de disparition ?

Les paroisses les plus dynamiques, et les plus rares !, se trouvent dans les grands centres urbains. Elles diversifient leurs services auprès des enfants, des adolescents et des adultes actifs souvent parents. Elles offrent souvent, pour ceux qui s’interrogent sur la foi chrétienne, un catéchisme spécialisé comme les cours Alpha. Ces derniers reprennent les bases de la foi chrétienne en apportant des réponses à des adultes et non à des enfants. C’est une démarche originale qui incite les « nouveaux » comme les plus « anciens » croyants à s’interroger sur les fondements de la foi. De façon générale, les paroisses qui connaissent un renouveau spirituel sont celles qui ne se contentent pas de « distribuer des sacrements » (eucharistie, baptême, mariage, enterrement – pour reprendre l’expression d’un prêtre lyonnais), mais celles qui mettent en place des activités où les fidèles peuvent faire « une pause » et se ressourcer.

Quelles activités sont organisées et à qui s’adressent- elle ?

Les soirées pasta à Toulouse, après la messe du dimanche soir, séduisent les étudiants, tout comme les pèlerinages en VTT. Les groupes bibliques du type Even, organisés pour les étudiants, sont suivis si les horaires sont en soirée et non dans l’après-midi. Plusieurs intervenants engagés organisent des repas convivaux après avoir eux mêmes suivis des parcours Alpha, cours de vulgarisation de la foi chrétienne. Les « retraites en ligne » des Dominicains de Lille sont suivies par des retraités ou des actifs qui écoutent des méditations dans les transports en communs. Dans tous les cas, il ne faut pas avoir une conception trop « religieuse » de l’activité paroissiale !

Qui sont les nouveaux adeptes de cette religion ?

Les convertis au catholicisme viennent souvent de familles athées. A la suite d’un deuil ou d’une difficulté professionnelle, ils éprouvent le besoin de se rapprocher de la « famille chrétienne ». L’institution impose un catéchisme de deux années avant de pouvoir officiellement intégrer les rangs de l’Église catholique. Ce parcours stimule près de 4 500 fidèles chaque année, d’autres sont découragés. Je donne la parole à des « recommençants », des adultes baptisés qui font un retour à la foi et sont souvent demandeurs d’un accompagnement spirituel individualisé avec des réponses précises à leurs questions existentielles. Ils ne sont pas comptabilisés par l’institution mais ils rejoignent les pèlerinages régionaux ou des retraites spirituelles.

Vous décrivez La Manif pour Tous comme un point de rupture. En quoi a-t-elle profondément divisé les croyants ?

La Manif pour tous est un phénomène complexe qui a rassemblé au-delà des cercles catholiques. Prenez la revendication « Un papa et une maman pour tous », elle est non-religieuse. Mais en 2013, au moment des grandes manifestations, 40% des catholiques étaient favorables au mariage des personnes de même sexe. Ils se sont peu fait entendre. Ces derniers ont été choqués que dans leurs paroisses des cars soient affrétés pour rejoindre les manifestations. Les fidèles les plus engagés sur les réseaux sociaux sont souvent jeunes et conservateurs. Ils se retrouvent à La Manif pour tous.

Divise-t-elle toujours plusieurs années après la fin des manifestations ?

2013, c’était hier. Les questions de protections de la vie, celle de l’embryon ou du grabataire, sont des questions d’éthique fondamentales sur lesquelles bon nombre de catholiques conservateurs, jeunes et majoritaires, ne lâcheront rien dans les prochaines années. Elles touchent au cœur de leur foi.

Propos recueillis par Louise Gamichon

Les Cathos, Enquête au cœur de la première religion de France. Linda Caille, Éditions Tallandier, 2017.