L’Arbre à défis, développé par l’association Enquête
« Notre constat de départ est assez simple : il n’y a que très peu d’outils pour aborder les faits religieux et la laïcité avec les élèves du primaire », indique Lola Petit, chargée de recherche et du développement d’outils pédagogiques pour l’association ENQUÊTE. Depuis 2012, ENQUÊTE a remédié à cette situation en imaginant un jeu adapté aux enfants de 7 à 12 ans : L’Arbre à défis. Ce jeu est composé de grandes cartes sur lesquelles figurent des défis comme chercher une définition, faire deviner un mot, trouver la bonne réponse dans un QCM (questionnaire à choix multiples). Objectif : permettre aux enfants d’acquérir des connaissances sur les faits religieux et la laïcité tout en s’amusant, dès l’école primaire.
L’association a proposé à un chercheur de mener une étude de terrain auprès des enseignants dont certains utilisaient déjà le jeu en classe. Lola Petit, chercheure en doctorat du groupe sociétés, religions, laïcités de l’École pratique des hautes études (GSRL-EPHE/CNRS) a mené cette recherche et proposé des pistes d’actions. Elle observe :
« L’enseignement des faits religieux est cité dans le socle commun, mais il reste indéterminé dans les programmes, y compris ceux du nouvel enseignement d’Éducation morale et civique (EMC). Ajouté au fait qu’il s’agit d’une question socialement vive et à la rareté des outils pour le primaire, le sujet peut être difficile à aborder en classe ».
Un nouveau guide pédagogique
Sur le terrain, elle constate que l’utilisation du jeu d’ENQUÊTE facilite la vie des enseignants et amuse beaucoup les élèves. Dans le même temps, elle note que certains ont du mal à s’approprier le jeu ou à trouver d’autres supports satisfaisants.
« Nous avons mis au point un guide pédagogique complet à partir des difficultés que j’ai pu observer et dont les professeurs des écoles m’ont fait part ».
Ce guide propose 25 séances « clé en main » où figurent les objectifs du programme, des exemples d’activités, les principaux points de connaissances que les enseignants peuvent apporter. Un encadré suggère des idées et des ressources pour aller plus loin si le professeur le souhaite. Chacune des séances dure une heure et s’inscrit dans le cadre d’une séquence thématique comme « laïcité, notions et vocabulaire » ou « organisation du temps et personnages principaux des grands textes religieux ». Les objectifs et compétences travaillées en français, histoire ou éducation civique sont indiqués en début de séance, ainsi que des propositions de traces écrites pour les élèves.
« Il est indiqué dans le guide que si les enseignants ne doivent choisir qu’une séquence, nous recommandons la première sur la laïcité », indique Lola Petit.
« Nous avons aussi rédigé une introduction* pour parler de la place de l’enseignement des faits religieux et de la laïcité dans les programmes scolaires, mais aussi pour parler du positionnement de l’enseignant vis-à-vis des enfants et des parents d’élèves », souligne Lola Petit.
« L’un des risques de l’enseignement des faits religieux, et il est réel, c’est de ne pas respecter l’obligation de neutralité. Ce n’est pas volontaire bien sûr. Il faut expliquer la démarche, travailler le positionnement pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté ».
Les enseignants qui lui ont permis d’observer leurs ateliers avaient tous prévenu les parents des élèves des activités liées au jeu et du lien avec les programmes scolaires. Lola Petit relève qu’ils ont reçu peu de réactions, et les quelques réponses étaient plutôt positives. Un modèle de mot aux parents se trouve dans le guide pédagogique de L’Arbre à défis.
Coproduction de vidéos
L’association ENQUÊTE a aussi participé à la production de vidéos pédagogiques « Vinz et Lou » sur les faits religieux et la laïcité. Cette collaboration avec le réseau de ressources pédagogiques Canopé et la société de production Tralalère, a permis de réaliser cinq vidéos et des parcours pédagogiques d’accompagnement. Elles seront disponibles à partir du 2 octobre sur le site dédié aux séries Vinz et Lou**. Ces vidéos courtes invitent à engager la discussion avec les élèves en les questionnant. Les enfants peuvent ensuite participer à des activités interactives : des jeux numériques comme des vrais/faux, classer des fêtes selon qu’elles sont religieuses ou non. Des modules virtuels apportent des connaissances complémentaires ou indiquent aux élèves quand ils se sont trompés.