Pour beaucoup de croyants appartenant à des communautés religieuses non-chrétiennes fêter Noël sans dimension religieuse est un signe d’intégration à la société française. Après avoir vécu ces célébrations étant petits, certains descendants d’immigrés prennent le contre-pied de ce symbole et se reportent plus volontiers sur une fête de leur propre tradition religieuse, une forme d’affirmation identitaire, comme pour passer d’une pratique héritée à une pratique librement choisie. Justement, beaucoup de religions ont des fêtes proches par la date du Noël chrétien. Tour d’horizon.
Pour les sikhs – monothéisme originaire du Pendjab, une région à cheval entre l’Inde et le Pakistan – décembre est un mois de deuil. Une période de recueillement est observée autour du 15 décembre, afin de commémorer le décès des quatre fils de leur dernier gourou [au sens de prophète dans cette tradition religieuse], Gobind Singh. Ses enfants sont morts en tentant de repousser une attaque des Moghols. Le 5 janvier, les sikhs fêtent la naissance de Gobind Singh (1666-1708), un évènement beaucoup plus joyeux pour cette communauté qui compte environ 30 000 adeptes en France. De manière générale, c’est plutôt ce jour-là que les sikhs s’offrent des cadeaux. La mythologie du père Noël n’est pas reprise telle quelle, mais on explique aux enfants que ces présents récompensent leurs bonnes actions dans la logique du karma. Les commerçants sikhs portant tous la barbe – il leur est interdit de la couper – et un turban, choisissent parfois d’en porter un de couleur rouge pendant les fêtes de fin d’année.
Du côté des hindous, les pratiques sont assez variées. Si certains ornent leur salon d’un sapin et offrent des cadeaux, c’est surtout pour faire plaisir aux enfants. La coutume veut qu’on offre plutôt des présents durant Diwali, la fête des lumières indienne (voir LaïCités N°2). Noël est perçu comme une fête traditionnelle française pour les quelque 170 000 hindous de France. Les pratiques religieuses des hindous varient d’ailleurs fortement selon qu’ils sont originaires du nord ou du sud de l’Inde.
On retrouve cette diversité au sein de la communauté chinoise de Paris, dont de nombreux membres sont originaires du Wenzhou, dans la province chinoise du Zhejiang, au sud de Shanghai, et pour beaucoup protestants. Noël est assez logiquement un moment de ferveur religieuse pour ces croyants, bien que certains s’offrent plutôt des cadeaux au moment du Nouvel an chinois. Du côté des bouddhistes et taoïstes chinois, on considère volontiers Noël comme une « fête internationale ». Si cadeaux et sapins ne sont pas forcément au programme, on organise un repas festif en famille au moment de Noël et du Nouvel an.
Le 12 décembre, les musulmans commémorent le Mawlid, l’anniversaire de la naissance du prophète Mahomet. La plupart ne célèbrent pas vraiment cet évènement, le considérant dans une tranquille indifférence. Le Mawlid reste une fête pour les fidèles de la branche mystique soufie quand les salafistes la condamnent, y voyant une façon d’imiter les chrétiens puisque les dates coïncident ces dernières années. Dans la tradition musulmane, on s’offre des cadeaux au moment de la grande fête de fin du ramadan (Aïd el-Adha). Il est de coutume de gâter les enfants à ce moment-là en leur offrant des jouets et des vêtements neufs. Certains observateurs analysent une forme de « noëlisation » de l’Aïd.
Reste l’exemple plus complexe du judaïsme, tradition dans laquelle on fête Hanoucca surnommé « le Noël juif ». Hanoucca, célébré en décembre, commémore en fait la victoire des Macchabées sur le roi Antiochus à une époque où les Grecs dominaient largement la région de la Terre promise. Une mode américaine, qui consiste à trouver des versions alternatives à Noël pour toutes les communautés, a progressivement instauré Hanoucca comme une sorte de « Noël juif », que l’on retrouve sur nombre de supports, à commencer par les séries télévisées qui s’exportent très bien à l’étranger. Dans la même veine, il existe Kwanzaa pour les afro- américains.
De manière générale, emprunter à d’autres cultures des moments festifs n’est pas rare, à l’instar d’Halloween, des grandes parades du Nouvel an chinois ou des processions en l’honneur du dieu hindou Ganesh qui ont lieu à Paris.