L’association Citizen Corps lance une expérimentation pour favoriser l’engagement citoyen de jeunes de 15 ans. Ce programme, intitulé Become, est inspiré du Service national citoyen anglais.
« À 15 ans, les jeunes vivent un âge compliqué. Il existe peu de dispositifs spécifiques qui leur permettent de faire l’expérience de la mixité, de vivre ensemble des moments forts qui les font grandir », explique Marion Chapulut, entrepreneure sociale à l’origine du projet Become, qu’elle traduit par « deviens le meilleur de toi-même ». Son idée, réunir des jeunes de milieux sociaux différents pour les encourager à mener une action citoyenne de leur choix.
« Cela peut être l’organisation d’un goûter dans une maison de retraite d’un quartier par exemple. Mais ils doivent alors inviter des jeunes afin de remplir un objectif de mixité ».
Pour construire leur initiative en équipe, les adolescents – qui ne se connaissent pas – vivent d’abord une expérience « en résidence », loin de leur milieu citadin d’origine.
« La première semaine, ils se découvrent eux-mêmes à travers des challenges sportifs. L’idée c’est de les faire trouver leurs forces – et celles des autres – , ce qui se révèle en général dans ces moments différents de ce qu’ils ont l’habitude de vivre », indique Marion Chapulut.
Ce concept a pour vocation d’améliorer la confiance en soi des jeunes et de leur permettre de créer des liens, de mettre en place une cohésion d’équipe entre des adolescents qui ne se connaissent pas. « C’est aussi l’apprentissage des autres dans leur diversité », souligne-t-elle.
La deuxième semaine, les jeunes sont toujours en résidence, mais en ville cette fois où ils découvrent les problématiques de leur territoire « à travers une pratique culturelle comme la photographie ou les arts plastiques. Ils peuvent rencontrer des acteurs locaux ». Cette partie du processus permet aux jeunes de mener une réflexion sur un thème. Marion Chapulut cite l’intergénérationnel, la pauvreté, le mal-logement par exemple. « À la fin de la semaine, ils doivent restituer aux autres ce qu’ils ont appris et découvert, ce qu’ils ont ressenti ». Ils préparent ensuite un projet lors de la troisième semaine.
« Ils réalisent tout de A à Z. Ils élaborent leur action avec l’aide de jeunes en service civique, ils la mettent en place eux-mêmes ».
Un investissement sur l’avenir en Grande-Bretagne
Le programme mobilise trois grands principes : la discipline positive, la formation par l’action et l’apprentissage par les pairs. Il est inspiré du Service national citoyen anglais, mis en place à partir de 2005 – après les attentats de Londres – pour déclencher un meilleur engagement citoyen des adolescents. Dans sa version britannique, il compte aujourd’hui des milliers de participants chaque année, plus précisément, 275 000 depuis 2011. Le programme a été évalué en détail, comme tous les projets soutenus par le gouvernement outre-Manche, et les résultats sont très positifs. À l’issue de ce service citoyen, 74% des jeunes se sentent plus confiants pour mettre leurs idées en commun (55% avant l’expérience), 80% se sentent plus à l’aise avec les autres (contre 60% auparavant), 81% pensent qu’ils seront en mesure de gérer la plupart des situations (contre 74%) et 85% sont prêts à tenter de nouvelles expériences (73% avant la participation au programme). La mixité sociale, l’acquisition de confiance en soi et d’une conscience citoyenne sont autant d’éléments pris en compte par les différentes évaluations. Le site du « National citizen service » (NCS) souligne que les participants acquièrent, durant cette expérience, de précieuses compétences valorisées par les employeurs, telles que le sens de la responsabilité. Selon le NCS, pour chaque livre sterling dépensée, les actions menées en rapportent six. Il s’agit donc d’un investissement d’avenir permettant aux jeunes d’agir davantage à l’échelle locale et de mieux s’intégrer dans la sphère professionnelle.
Dans son adaptation française, Marion Chapulut mobilise différents acteurs : des jeunes en service civique qui accompagnent les adolescents dans la construction de leur projet en équipe, des animateurs spécialisés pour leur permettre de se découvrir en résidence éloignée, des artistes et acteurs locaux afin d’explorer les problématiques des territoires de la deuxième semaine en résidence. Ce travail demande une certaine coordination, des partenariats. Marion Chapulut est convaincue, au vu des retours de la version anglaise, que ce programme est tout à fait bénéfique pour l’avenir de l’engagement citoyen des jeunes : « lorsqu’on goûte, adolescent, à cette expérience, on continue ensuite ».
Environ 80 jeunes d’établissements des académies de Paris et de Créteil participeront à la première expérimentation du programme à l’été 2017. Une participation, fixée en fonction des revenus des familles, sera demandée. Pour l’instant, le programme est financé en partie par des fonds publics et du mécénat privé. En attendant les premiers recrutements d’élèves dans divers collèges, l’association prépare les jeunes en service civique à la conduite de projets.