Les villes de Saint-Nazaire et de La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique) ont lancé conjointement un jeu intitulé Place de la République pour sensibiliser les enfants et les adolescents à la laïcité et aux valeurs de la République.
Tout commence lors de l’inauguration de la Place de la République, sur un plateau de jeu géant. Les participants découvrent une ville fictive où ils peuvent emprunter, au choix, le boulevard du vivre- ensemble, celui de la pensée ou encore le boulevard de la liberté. Une fois la voie choisie, les joueurs lisent des témoignages, débattent, apprennent les fondamentaux de la citoyenneté et des valeurs de la République à travers de petits jeux. « Il s’agit de jeux assez classiques comme “Dessinez, c’est gagné”, des mimes ou le “jeu du pendu”. Mais les contenus sont détournés pour traiter de thématiques liées à la laïcité », explique Véronique Josse, coordinatrice du Projet éducatif local de La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique). À la fin de chacune des animations, les participants explorent une nouvelle voie (une avenue, puis une rue) et gagnent une pièce de puzzle à installer sur la Place de la République. Ils construisent ensemble une décoration en forme d’hexagone au centre du plateau de jeu.
C’est à La Chapelle-sur-Erdre, ville d’un peu moins de 20 000 habitants, au Projet éducatif local (P.E.L) que le concept du jeu a été imaginé depuis 2014. À l’époque, des animateurs sont confrontés à des questions auxquelles ils ne savent pas répondre, indique Véronique Josse : « Des sujets très pratiques, sur les régimes alimentaires par exemple. Des enfants demandaient pourquoi certains camarades ne mangeaient pas tel aliment, pourquoi eux ils devaient goûter à tout mais pas les autres ». À partir de là, avec le soutien des élus, le Projet éducatif local s’empare de ces sujets, travaille à trouver des réponses adaptées et à mettre en place des outils pédagogiques. En déroulant la pelote des questions d’enfants, des thèmes comme l’égalité filles-garçons, la liberté d’expression ou la différence entre croire et savoir émergent. C’est à partir de ces retours du terrain, mais aussi de 80 interviews que le Projet éducatif local (P.E.L) a conçu le jeu.
Un jeu de coopération
Pour se former et cerner les différentes facettes des applications pratiques de la laïcité, les animateurs et la coordinatrice du P.E.L sont allés à la rencontre de professionnels (avocats, assistante sociale, associations, élus, etc.) en leur demandant comment ils vivent la laïcité au quotidien et comment ils l’expliqueraient à un enfant de 8 ans.
« On s’est dit que c’était le meilleur moyen pour avoir une réponse plurielle, souligne Véronique Josse. Nous avons défini des domaines et cherché nos premiers interlocuteurs. Chaque personne interrogée nous mettait en relation avec une autre personne qui pourrait répondre à nos questions. Nous visions les 100 témoignages, nous en avons 80. Des jeunes en Service civique à Saint-Nazaire vont s’occuper des 20 derniers ».
Le jeu contient 23 extraits de ces témoignages qui peuvent être lus avant chacun des jeux.
« C’est un outil de débat, de médiation, le jeu demande une sensibilisation avant d’être utilisé avec les enfants », indique Véronique Josse, qui intervient pour le présenter aux nouveaux utilisateurs.
Le jeu est accessible à partir de 8 ans, il est conçu pour être utilisé en groupe jusqu’à 30 participants dans le contexte scolaire comme périscolaire. Le jeu fonctionne bien avec les écoliers, mais aussi avec les collégiens, et même avec les jeunes adultes « en adaptant les animations ».
Si c’est à La Chapelle-sur-Erdre que le concept du jeu a été imaginé, l’outil a pris corps à Saint-Nazaire en 2017. La Ville a financé la fabrication d’une dizaine d’exemplaires du jeu ainsi que des formations sur la laïcité pour une cinquantaine d’animateurs. Désormais, des jeunes en service civique à Saint-Nazaire vont continuer à diffuser et à faire vivre le jeu : ils sont chargés de récolter les 20 derniers témoignages et d’animer des séances pour montrer comment fonctionne le jeu. Au fil des tests, les deux villes ont amélioré l’outil. Elles ont édité une vingtaine de témoignages sur de grands panneaux et ont mis en place un petit jeu de piste pour aider les enfants et les jeunes à entrer dans cette exposition mobile.
« Ce projet est évolutif, les nouveaux utilisateurs voudront peut-être aller rencontrer des personnalités de leur région pour créer leurs propres témoignages », suggère Véronique Josse. Ces adaptations sont conformes à l’esprit du jeu, pensé comme collaboratif c’est-à-dire sans gagnant ni perdant. D’ailleurs, on remarque un boulevard « En construction » sur le plateau de jeu. Véronique Josse explique qu’« il est conçu pour que les enfants puissent y mettre leur propre activité, des saynètes par exemple ».
Présentation du projet sur le site du P.E.L. Prix : entre 1 900 et 2 900 euros.